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L’économie congolaise souffrirait-elle d’un secteur des TIC en manque d’infrastructure ?

Depuis quelques mois le coût des communications téléphoniques sur mobile, à Brazzaville, a considérablement baissé. On peut téléphoner d’un mobile vers l’intérieur comme vers l’extérieur du pays au tarif unique de 89 FCFA (0,13 euro ou 0,17 dollar). Une vraie révolution quand on sait qu’il y a maintenant un an, un troisième opérateur arrivait sur ce juteux marché du mobile avec pour objectif de pousser les prix vers le bas. On notera bien évidement que cette baisse constatée est accompagnée de la mise en place d’une réelle volonté de mettre un cadre législatif dans le secteur des télécommunications.

Bien que cette baisse de prix allège la facture des consommateurs même très bavards, elle peut encore s’apparenter à l’arbre qui cache la forêt. En effet après la disparition, presque totale, de la téléphonie filaire, le Congo souffre du coût de la connexion internet qui reste encore inaccessible pour la population. En moyenne, au Congo, un accès de 128k avoisine les 500 000 FCFA (plus de 760 euros ou 1 000 dollars) soit 10 fois le salaire d’un ouvrier congolais. La connexion dans un cyber avoisine les 1 000 FCFA /1heure. Il faut en moyenne 30 000 FCFA/mois (45 euros ou 60 dollars) à un Congolais pour consulter ses mails au moins une fois par jour, soit 1/3 d’un salaire d’ouvrier ou 15% d’un salaire moyen (estimé à 100 000 FCFA) (1), ce qui équivaut à un mois de bourse pour un jeune étudiant.
La minorité congolaise éligible (financièrement) n’est pas épargnée, car elle doit se contenter d’un faible débit équivalent à 128 Kilooctets (2) en descendant (débit du fournisseur vers la station utilisateur), soit le débit disponible en France il y a 15 ans et il y a encore 6 ans au Sénégal pour un tarif dix fois moins élevé à l’époque. Aujourd’hui ces pays offrent des débits allant jusqu’au Megaoctet (3) pour environ 18 000 FCFA/mois).

Des coûts encore excessivement élevés qui pénalisent autant les entreprises, les étudiants, les ONG, les structures économiques que l’administration publique. Force est de constater que le secteur de l’économie congolaise reste la première victime d’un secteur des technologies qui n’apporte pas les avantages attendus.

Dans ces conditions il est difficile de développer des activités économiques autour du numérique. Nous savons que les nouvelles technologies ne sont pas la panacée aux problèmes de développement. Cependant, en optimisant la communication et les échanges d’information, elles peuvent néanmoins créer des puissants réseaux économiques et sociaux pouvant servir de tremplin au développement du Congo.

Les raisons à ce retard sont à rechercher dans le manque d'infrastructures de communication lequel continue à faire tant de mal au Congo. S’il s’avère que le Congo est toujours en attente du raccordement au réseau sous-marin qui lui ouvrira les portes de la toile mondiale par le moyen le plus efficace (fibre optique), il n’en reste pas moins que d’autres solutions semblent encore mal explorées ou méconnues par les experts Congolais. L’occident reste un fournisseur de solutions qui ne reposent pas sur l'analyse de la situation réelle ou d’une étude de faisabilité appropriée au contexte congolais : toute vente reste motivée par une finalité purement commerciale.
Visiblement, le secteur des TIC au Congo ploie encore sous un ensemble de difficultés. Une raison pour que le Congo explore de nouvelles pistes de développement numérique local, à savoir des réseaux nationaux raccordés entre eux, des points d’échanges internet permettant l’interconnexion directe des réseaux nationaux, le stockage des contenus locaux, l’élaboration des contenus locaux, etc.
On pourrait donc changer cette situation qui fait du Congo un pays éclusé numériquement. Pour ce faire, il est important de mieux coordonner la direction de projet et l’assistance technologique dont bénéficie ce pays, une assistance souvent éparpillée et qui finit par s’avérer inefficace.

Cinq ans après le sommet de Tunis où le chef de l’Etat congolais avait brillamment manifesté la volonté de voir son pays combattre la fracture numérique, nous constatons que le Congo est classé parmi les pays les moins avancés technologiquement en Afrique, et que l’espoir de voir les technologies « booster » l’économie congolaise est loin de se concrétiser.

Il s’agit maintenant pour le Congo, de mettre en place l’infrastructure et l’environnement économique, politique et institutionnel propices au développement des TIC, de s’atteler à la lourde tâche d’organiser les compétences locales à même de porter ces technologies, pour favoriser la créativité et les conduire vers une autonomie technologique. Ce sera alors à ces dernières de trouver leur place dans l’économie numérique afin que celle-ci ne se construise pas à leur détriment.

Luc Missidimbazi
(1) La micro-finance au Congo Brazzaville, Instrument de paupérisation ou moyen de lutte contre le sous-développement ? de Serges Ikiemi.
(2) 1 Ko = 1 024 octets
(3) 1 Mo = 1 024 Ko = 1 048 576 octets.

Publication du 20 avril 2009

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Les Nouvelles Technologies de l’Information et la Communication au Congo : Il y a urgence de dynamiser le secteur. 

Pour beaucoup de Congolais, l’informatique se résume à avoir une adresse mail Yahoo ou Hotmail, passer quelques minutes dans un cyber pour lire ses mails, tchatcher avec des amis, aller sur des sites de rencontre, avoir un document écrit avec Word… moyennant quelques CFA. Pour la plupart d’entres eux la téléphonie du futur est représentée par le SMS sur mobile.  Pas plus tard que le mois dernier, on apprenait dans les colonnes de plusieurs médias congolais la signature du projet câble sous-marin SAT3 (mise en place à Pointe-Noire d’un point de raccordement à la fibre optique sous-marine qui raccorde plusieurs pays) et l’ouverture en grande pompe du site Internet de la DGPT (Direction Générale des Poste et Télécommunications), l’organisme en charge de la réglementation et du développement du secteur des NTIC (Nouvelles Technologies de l’information et de Communication) au Congo. 

Ces derniers événements cachent en réalité le retard du Congo dans ce domaine. On le savait déjà, mais c’est aujourd’hui quasi officiel puisque le site de DGPT reconnait lui-même que la SOTELCO « ne dispose pas de réseau de transmission numérique ».  Cette fracture est un frein au développement économique et social du Congo. Sans qu’on s’en rende compte on s’enfonce en réalité dans un analphabétisme numérique, alors que le numérique est devenu le moteur économique mondial. 

Le Congo est de nos jours un pays « enclavé numériquement » car pauvre en infrastructures (équipements qui permettent de transporter les informations) et en politique numérique. Notre pays souffre d’un manque d’initiative en la matière. On est en droit de se demanderquelles sont les causes de ce désastre afin d’y apporter des remèdes le plus vite possible. L’élection présidentielle de l’année prochaine est une occasion d’attirer l’attention de nos dirigeants et de la population congolaise sur l’importance des NTIC car celles-ci influent sur tous les secteurs d’activités : professionnelles, culturelles, éducatives et sociales.

Etant donné que la technologie est en perpétuelle évolution, l’inertie du Congo en la matière accroît notre retard par rapport à plusieurs pays (y compris certains pays d’Afrique noire nettement développés dans ce domaine). 

Il y a du chemin à parcourir pour sortir le Congo de cette enclave numérique. Mais avant posons-nous des questions.  

-Le Congo a t-il les capacités de se doter de nouveaux moyens de communication modernes ?

-Le Congo a-t-il les moyens politiques, techniques, financiers de telles ambitions ?

-Notre pays est-t-il doté d’un programme d’envergure nationale pour relever ce défi ?

-A-t-il les équipes compétentes capables de porter les projets et de les faire aboutir ?

-Le projet SAT3 va-t-il sauver le secteur ? 

À ces questions les réponses ne peuvent pas être totalement négatives. Cependant il convient de constater la méconnaissance par les décideurs congolais des enjeux socio-économiques et culturels qui reposent sur les nouvelles technologies et le manque de projet concret en la matière. D’où l’inquiétude justifiée sur la capacité du Congo de relever ce qui se présente

comme un Challenge national. 

De quoi a-t-on besoin ? Nous avons besoin qu’une majorité de Congolais et d’entreprises aient un accès à l’Internet haut débit à bas coût, pour échanger des informations, stocker les données (informations numériques), utiliser les services numériques, créer des sites Web, utiliser des applications logicielles partagées, profiter des avantages du Web pour la téléphonie gratuite (VoIP), s’ouvrir au monde…  En ce moment, les Congolais utilisent en masse les connections satellites appelées VSAT, qui a des débits très faibles pour des coûts élevés. La qualité est 100 fois inférieure à celle que peut procurer l’xDSL. C’est pourquoi aujourd’hui surfer sur le net au Congo, ressemble à conduire sur une voie sableuse une voiture qui a des roues crevéesLe Congo a besoin d’entreprendre des grands travaux de construction d’infrastructures, car si le gouvernement envisage de raccorder le pays à la boucle optique mondiale qui lui permettra uniquement d’intensifier le haut débit, cela ne répondra jamais aux problèmes internes, si l’élan n’est pas suivi dans le pays. Car si le projet SAT3 conclu avec certains pays africains et Alcatel-Lucent présente pour le Congo une opportunité d’accroître son flux vers l’occident il n’aura en aucun cas de conséquences immédiates sur le développement du secteur sur le territoire lui-même. Malheureusement, la construction  des réseaux métropolitains ou régionaux (réseaux de fibre sur des distantes de 10 à 50 km) pour raccorder les quartiers et les villes, n’est, sauf erreur, pas envisagée. Nos compatriotes doivent le savoir : Internet fonctionne comme le réseau routier. Imaginons un pays avec une seule autoroute sans route affluente ou secondaire, comment les automobilistes arriveront-ils sur l’autoroute ou la quitteront-elle ? 

La SOTELCO héritière du réseau téléphonique aurait dû anticiper ce projet de dotation des principales villes et du pays, de réseaux métropolitains (réseau qui permet de raccorder les villes, les régions ou les quartiers) comme l’a fait la plupart de ses sociétés sœurs dans le monde. Pensez-vous que France Telecom (actuel Orange), Free ou Neuf Cegetel ont construit des lignes cuivre vers tous les abonnés français ? Non, parce qu’ils se sont servis du cuivre existant. A partir des infrastructures existantes ils ont construit leurs Backbone (réseau national), c'est-à-dire installer des équipements qui permettent de transporter les données sur des moyennes distances en métropole, puis avec l’arrivée du FTTH (fibre optique jusqu’à l’abonné pour augmenter son débit jusqu’à 100Mb/s) ils raccordent directement les abonnés. Au Congo aujourd’hui précisément, en dehors de quelques installations mises en place par les opérateurs mobiles, l’infrastructure est inexistante. La capacité de transmission est très faible. Un pays devrait avoir la possibilité de transporter des capacités de 10 Gb/s entre ses grandes villes ou encore ses grands centres de télécommunication.  En plus de ce problème fondamental d’infra (pour les experts), il se pose le problème de compétence des équipes locales. En un mot il faudra faire revenir au pays (comme le fait le Gabon, le Sénégal ou le Bénin) les nombreux cadres vivant à l’étranger formés dans les NTIC en Europe. Une politique attractive d’embauche des jeunes cadres congolais, seuls capables de mener à bien ce type de projet devra être étudiée. À quoi assistons-nous en effet ? Les sociétés comme Alcatel-Lucent, Nortel, Huawei ou autres, se pressent pour vendre leur matériel afin de réaliser de gros bénéfices. Puis ils proposent des contrats en or pour assurer la maintenance des équipements, ce qui coûte cher et qui abouti à la négligence du matériel pour finir à leur inexploitation. Si des Congolais compétents, formés pouvaient assurer l’ingénierie, le déploiement et l’exploitation de ses réseaux, le Congo gagnerait sur le long terme sur le choix d’équipementier, sans se fier aux belles paroles de commerciaux.Ce manque de compétence est palpable quand on surfe sur certains sites Web officiels du Congo. Beaucoup sont d’une qualité inquiétante, au point de se demander qui les Valide. Enfin, que faire ? Tout le monde s’accorde à dire qu’il faut dynamiser ce secteur, et ne pas laisser ce désastre s’installer durablement dans un pays dont les ressources forestières, maritimes, pétrolières augmentent. 

- Doter le Congo d’un Backbone national (une infrastructure nationale à haut débit) est devenu une priorité nationale : cela doit être la priorité des dirigeants congolais. Soit en investissant massivement dans le secteur, soit en facilitant l’installation des entreprises compétentes qui assureront le développement rapide de ce secteur. Le Congo doit se doter d’un réseau de transmission de donnée à haut débit (Plus de 2,5 Gb/s ou 10 Gb/s), un projet qui permettra de raccorder les grands départements entre eux, en utilisant les technologies de pointe connues en la matière. 

-Mettre en place un plan d’ingénierie national, qui définira la bonne technologie par zone (SDH, WDM, WIFI, WiMax ou Gigabit Ethernet …) pour permettre de transporter des grandes capacités. Cela est possible. L’exemple du Sénégal et du Burkina-Faso qui s’attellent à connecter les zones rurales devraient attirer l’attention de nos dirigeants, car certains « cousins africains » ont dépassé le cap de fournir Internet aux citadins, et en sont à la couverture nationale en ADSL.  

Les Congolais savent-ils qu’un pays comme le Sénégal dispose de la TV et la VOD (vidéo à la demande) sur ADSL comme certains pays européens ?  La société SONATEL principal opérateur dans ce paysa réalisé de gros profits ces dernières années et embauche de nombreux Sénégalais, tout en faisant vivre de nombreux sous-traitants qualifiés locaux. 

-Déréglementer efficacement en créant une autorité de régularisation des

Télécommunications composée de l’Etat, des professionnels et des associations. Cela permettra l’installation en force de nouveaux opérateurs télécoms (certains venant d'autres secteurs de l'industrie) pour une stratégie concurrentielle des entreprises, ce qui permettra d’avoir un bon rapport qualité prix. 

-Promouvoir la création des PME, avec le but de développer des petits réseaux dits d’accès (réseau qui permet de connecter l’abonné ou une entreprise au moyen d’une technologie comme Giga Ethernet, FH, SDH, MPLS, xDSL…) qui permettront de développer des services auprès des particuliers et des entreprises. 

-convoquer des états généraux des NTIC au Congo avec des professionnels congolais, qui

exercent aujourd’hui dans des grandes sociétés mondiales, afin de définir les besoins réels du Congo et surtout de définir un plan d’ingénierie par des congolais qui savent de quoi on parle. 

-Libéraliser la bande de fréquence, une activité aujourd’hui gérée par la Présidence qui n’attribue pratiquement pas de licences d’exploitation des fréquences pour faire du transport haut débit. 

-Enfin, définir un plan de formation national, en introduisant dans les programmes scolaires l’enseignement des nouvelles technologies et lancer de nouvelles filières du secondaire et à l’université.  Qu’est ce que cela peut-il apporter au Congo ? Il faut rappeler que les nouvelles technologies ne relèvent pas du domaine du luxe, bien au contraire. C’est un domaine moteur dans la croissance économique d’un état. Le développement de ce secteur aura un impact sur le chômage des jeunes, par la création de nouveaux types de services comme le commerce électronique, le télétravail, les centres d’appels, les services de vente à distance, les services d’installation et de maintenance, les services informatiques de stockages de données et bien d’autres activités.

 Chers amis, pour le modeste citoyen que je suis, j’ai ainsi trouvé le moyen de lancer l’alerte sur ce sujet. Il me semble urgent que le Congo soit conscient du fossé qui se creuse dans ce domaine.Il est temps que nos dirigeants s’attellent à doter notre pays des infrastructurespermettant d’arrêter le désastre numérique qui est le notre aujourd’hui.

La présidentielle 2009 au Congo est l’occasion d’attirer l’attention de ceux et celles qui

désirent conduire aux destinées du pays. Trouverons-nous dans les programmes des uns et des autres des propositions concrètes sur les NTIC, ou continueront-ils à reléguer ces technologies au second rang ? La question est posée.

Luc Missidimbazi

 Publication du 8 avril 2008